3 avril 2026
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La dépigmentation volontaire reste une pratique largement répandue dans plusieurs pays africains, dont le Tchad. Motivée par des normes sociales et esthétiques qui valorisent la peau claire, cette quête de beauté expose pourtant de nombreuses femmes à de graves risques pour leur santé, souvent méconnus ou minimisés.En 2023, Amina, 24 ans, se préparait à célébrer son mariage.

Comme beaucoup de jeunes femmes, elle rêvait d’avoir une peau plus claire, perçue comme un symbole de beauté et de séduction. Sans avis médical, elle a commencé à utiliser des crèmes éclaircissantes vendues librement sur le marché.

« Je voulais être la plus belle pour mon mariage. On me disait que ma peau devait être plus claire. Je pensais simplement m’embellir », confie-t-elle.Quelques jours après l’application, de violentes brûlures sont apparues au niveau de ses pieds, accompagnées de cloques et de douleurs intenses.

Incapable de marcher, Amina a vu son mariage reporté de trois mois. Après plusieurs consultations dans des cliniques et centres de santé, notamment au centre de santé de Zandamie, les médecins ont confirmé que les produits utilisés contenaient des substances chimiques dangereuses comme l’hydroquinone et des corticoïdes puissants.

« Je ne pensais pas qu’éclaircir ma peau pouvait me faire autant de mal. J’ai eu peur de perdre mes pieds… et mon mariage », témoigne-t-elle.Face à cette réalité, certaines voix s’élèvent pour dénoncer la pratique.

L’écrivaine tchadienne Raouda Hamat Bong Awaré s’est engagée contre la dépigmentation à travers son ouvrage Ma peau, mon pouvoir : stop à la dépigmentation. Par sa plume et ses prises de position publiques, elle appelle à une réflexion profonde sur l’identité, l’estime de soi et le rapport à la couleur de peau.

« Je me bats contre la dépigmentation. Certaines filles rejettent mes conseils, mais beaucoup d’autres me remercient. L’important est que quelques-unes prennent conscience des dangers », explique-t-elle. Pour l’auteure, la dépigmentation est une forme d’aliénation nourrie par des normes de beauté artificielles qui fragilisent autant la santé que la confiance en soi.

Les spécialistes de la santé confirment la gravité du phénomène. La dermatologue Dr Amina Mahamat avertit que les produits éclaircissants sont extrêmement dangereux et que même une utilisation de courte durée peut provoquer des brûlures sévères et des dommages irréversibles. Brahim Saleh souligne, pour sa part, l’absence de contrôle sur le marché cosmétique, où circulent de nombreux produits contenant du mercure ou des corticoïdes puissants, nocifs pour la peau et l’organisme.

Halima Idriss rappelle que la dépigmentation n’est pas seulement un problème médical, mais aussi psychologique, car beaucoup de jeunes femmes pensent qu’une peau claire améliorera leur confiance ou leur statut social. Fatouma Ahmat insiste enfin sur la nécessité de valoriser la beauté naturelle, rappelant que chaque couleur de peau a sa valeur et qu’aucune crème ne devrait mettre la santé en danger.

Entre 2025 et 2026, des enquêtes internationales ont révélé que des millions de produits éclaircissants contiennent encore des niveaux élevés de substances interdites comme le mercure ou l’hydroquinone, malgré les restrictions en vigueur.

Aux États-Unis, plusieurs entreprises ont été contraintes de retirer du marché des crèmes contenant des taux de mercure jusqu’à 30 000 fois supérieurs aux normes légales, après des signalements de brûlures, de lésions cutanées et de cicatrices permanentes.

Les témoignages, l’engagement des acteurs culturels et les alertes des spécialistes convergent vers un même constat : la dépigmentation volontaire constitue un véritable problème de santé publique. Elle peut entraîner des brûlures, des cicatrices définitives, des dommages internes graves et des troubles psychologiques.

Sensibiliser les populations, renforcer la régulation des produits cosmétiques et promouvoir l’estime de soi apparaissent aujourd’hui comme des priorités. La conclusion s’impose d’elle-même : la santé doit toujours primer sur l’apparence.

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