Yaoundé, le 19 mai 2026 — C’est un véritable coup de tonnerre dans le paysage de la gouvernance locale au Cameroun. Par le biais d’un arrêté conjoint, le Ministre des Finances (MINFI), Louis Paul Motaze, et le Ministre de la Décentralisation et du Développement Local (MINDEVEL), Georges Elanga Obam, viennent d’entériner une réforme radicale qui redéfinit les règles du jeu financier pour les collectivités territoriales décentralisées (CTD).
Cette décision marque l’application stricte des dispositions de la loi du 23 décembre 2024.
Ce qui change : Les mairies dessaisies de leur pouvoir fiscal
L’Article 13 de ce nouvel arrêté acte une rupture historique : les mairies, les communes d’arrondissement ainsi que les puissantes communautés urbaines (comme celles de Douala ou Yaoundé) perdent officiellement le droit d’émettre et de recouvrer les impôts et taxes locales.
Désormais, les ordonnateurs (maires) et les comptables municipaux sont totalement écartés des circuits de perception directe. Le contrôle réel et exclusif de ces flux financiers est recentralisé au profit de la Direction Générale des Impôts (DGI), qui dépend directement du pouvoir central.
Le nouveau rôle des mairies : De simples « Unités de Suivi »
Privées de leur levier fiscal, les municipalités voient leurs prérogatives drastiquement réduites. Elles se transforment en simples structures d’appui logistique et administratif, qualifiées d’« Unités de Suivi ». Leurs missions se résument désormais à :
- Identifier et recenser les contribuables sur le terrain ;
- Informer l’administration fiscale centrale des dynamiques économiques locales ;
- Produire des rapports périodiques de situation.
Fin de partie pour la gestion opaque de la publicité urbaine
Cette réforme a un impact direct et immédiat sur l’une des plus grandes sources de revenus des municipalités : la publicité urbaine. Elle vient fragiliser, voire annuler, les conventions souvent gré à gré liant les mairies aux régisseurs publicitaires privés pour la collecte des taxes d’affichage.
Cette pratique, régulièrement dénoncée et jugée illégale par l’Agence Régionale de la Publicité du Cameroun (ARPC) et le Syndicat des Professionnels de la Publicité du Cameroun (SPPC), rentre désormais sous le contrôle strict du fisc national.
Un coup de frein à l’autonomie financière
En reprenant directement la main sur la collecte des deniers locaux, le gouvernement central met en avant un argument d’harmonisation, de transparence et de lutte contre les déperditions financières souvent décriées dans les communes.
Cependant, pour de nombreux observateurs et élus locaux, cette centralisation des recettes est perçue comme un recul majeur pour l’autonomie financière des régions. Cette décision relance avec vigueur le débat de fond sur la sincérité du processus de décentralisation au Cameroun, laissant craindre un étouffement financier des municipalités qui dépendront désormais entièrement des rétrocensions de l’État central pour mener à bien leurs projets de développement communautaire.
